Equilibrer tonicité et lâcher prise

Sthirasukham âsana (Yogasutra de Patanjali 11-46)

Sthira que l’on peut traduire par ferme, solide, et sukha, la joie, le bonheur, l’aisance. 
Pour qu’il y ait âsana, il faut qu’il y ait sthira, la fermeté, mais aussi sukha, l’aisance... 
Une véritable pratique doit à chaque instant équilibrer la fermeté et l’aisance. Là encore on retrouve les deux pôles... 
Si on en renie un, si on en oublie un, ce n’est plus du yoga... Équilibrer à chaque instant la fermeté et l’aisance, dans notre pratique, c’est être toujours neuf dans notre expérience...

Selon les jours, on peut avoir une tendance à être un peu plus sthira ou un peu plus sukha...Par une pratique juste de "Ha-Tha Yoga", on va "lier ensemble", équilibrer, reconnaître, accepter, ces deux déterminants qui caractérisent l’humain et par là même nous construire.

 Dans notre vie quotidienne, on a besoin de solidité, de fermeté, de volonté pour faire les choses, pour se battre face aux difficultés de la vie. 
Mais cela ne suffit pas. Si nous ne sommes que sthira, il nous manquera l’aisance, le lâcher prise, l’acceptation, tout aussi nécessaire pour accepter les vicissitudes de la vie, tous ces événements non voulus, souvent imprévisibles qu’il nous faut accepter si on veut les surmonter.

Toutes nos pratiques doivent être guidées par cette recherche d’unité... Et pour cela nous avons à notre disposition une multitude "d’outils". Toutes les séances de hatha-yoga devraient rechercher cet état d’unité.
Et même si on en a conscience, que des pièges nous guettent ! Un exemple : Dès que l’on "fait" une posture, ce n’est plus du yoga... Cela peut être une très bonne gymnastique, mais puisque "faire" par définition signifie "réaliser hors de soi une chose matérielle" (cf. dictionnaire le Robert),
on comprend à quel point on ne peut pas "faire du yoga"... Le yoga, c’est vivre une expérience, une expérience d’unité. Or, que se passe-t-il, si un marteau piqueur se met en route sur la chaussée à côté de nous, lorsque l’on pratique ? 
Le plus souvent, on réagit au bruit, on l’exclut, on le juge, on s’y attache et par là même on se détache de notre pratique. On s’installe dans la dualité avec ses limites, ses jugements et ses souffrances. 
Mais admettons que l’on réussisse à intégrer le bruit dissonant dans notre pratique, à l’inclure plutôt qu’à l’exclure. 

Simple à dire... 

Et pourtant si vous avez déjà vécu cette expérience, vous savez que c’est le chemin pour que s’installe l’état de yoga, l’état d’unité, car ainsi, en intégrant ce bruit dissonant dans notre expérience, on ne crée plus de différenciation entre le monde extérieur et notre monde intérieur.
La colonne vertébrale, axe central du corps, représente dans ce processus un élément essentiel. 
Avoir un dos droit, où s’équilibre la tonicité et le lâcher- prise pour que s’installe spontanément la méditation... 
L’Homme d’aujourd’hui semble déstabilisé, toujours dans la course de l’Avoir et toujours insatisfait. Chercher la réponse en dehors de soi est parfois plus facile que de se tourner vers soi-même... 
Et si on se réfère à ce "mal du siècle" qu’est le mal de dos, ce n’est peut-être pas sans lien avec ce manque d’unité intérieure... 
La gauche et la droite sont deux pôles, physiques, énergétiques et symboliques, qui doivent s’équilibrer, "s’épouser".
Se servir de cette dualité humaine comme d’un moyen pour retrouver l’équilibre entre nos deux pôles masculin et féminin, la tonicité et le lâcher prise, le côté droit et le côté gauche pour que de cette dualité "renaisse" l’état d’Unité Primordiale que chaque être recherche consciemment ou inconsciemment tout au long de sa vie, 
c’est le pari de cette pratique...

C’est de nos divisions que nous souffrons. Choisir, c’est accepter d’abandonner quelque chose... Chercher à l’extérieur de soi-même notre bonheur, c’est nous mettre en situation de dépendance, de manque... 
Se retrouver Un, c’est échapper, pour quelques instants peut-être, à la souffrance de notre incomplétude... 
Et progressivement au fur et à mesure de notre pratique, cet état d’unité se prolonge...

On dit souvent que le yoga est un chemin...

 

 

Texte trouvé sur le site « Forma@zen »